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Burundi ou le Pays des Mille Manifestations

samedi 11 mars 2017, par RCP Burundi

1. Introduction

Depuis le déclenchement de la crise qui secoue le Burundi suite à la candidature du Président Pierre Nkurunziza à sa propre succession en violation de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation et la Constitution de la République du Burundi, le sol burundais est devenu un terrain des manifestations .Ce phénomène a commencé avec la tentative de coup d’Etat du 13 mai 2015.Au retour de la République Unie de Tanzanie, le Président a été accueilli par la population brandissant le bravoure de l’armée et la police qui ont déjoué les putschistes .
A partir de cette période, les manifestations sont devenues un des moyens d’expression pour le pouvoir, les partis politiques, les femmes et la société civile proche du pouvoir. Cependant, les manifestations pacifiques qui avaient été organisées en avril 2015 par la société civile et les partis politiques d’opposition en vue de protester contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza ont été qualifiées de mouvement insurrectionnel par le Procureur général de la République du Burundi1.Les manifestations, organisées que ce soit au niveau national ou local ,ouvrent l’occasion aux autorités politiques de semer la haine entre les composantes de la population burundaise à travers les slogans scandés par les manifestants. Le peuple burundais est déjà habitué à ces rassemblements chaque fois qu’il y a un rapport relatif à la situation sécuritaire et des droits de l’homme ou un autre événement important .Ici, il ya lieu de se demander si la loi réglementant les manifestations sur la voie publique et réunions publiques est respectée d’autant plus que la loi ne concerne que les associations sans but lucratifs et les partis politiques.2
Dans ce rapport, nous nous focalisons sur les manifestations organisées depuis le début de l’année 2017.

2. Les manifestations organisées par le pouvoir

a. Le Secrétaire Général du CNDD-FDD s’attaque à l’Union Européenne
Le Secrétaire Général du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, le général Evariste Ndayishimiye s’est adressé aux militants lors de la célébration du nouvel an, le 14 janvier 2017. Il a vivement accusé l’Union européenne de combattre le Burundi et a expliqué que la police onusienne tant attendu est conçue en vue de recoloniser le pays. Il a également répété et confirmé que les ethnies ont été introduites et renforcées par les Belges en vue de diviser les Burundais. Un pareil discours a été prononcé en présence du ministre de l’Intérieur Pascal Barandagiye et du ministre de la Défense Emmanuel Ntahomvukiye.

Le Secrétaire Général du CNDD-FDD, le Général Major Evariste Ndayishimiye lors du rassemblement du parti du 14 janvier 2017 à Gitega.

b. Les manifestions du 28 janvier 2017 contre le parlement européen et l’Union Européenne
Le parlement Européen a voté une résolution le 19 janvier 2017 qui soutient celle du Conseil de sécurité des Nations Unies de juillet 2016 autorisant le déploiement d’une force de police des Nations unies au Burundi en vue de réduire les violences et les violations des droits de l’homme dans le pays ; prie instamment le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine d’envoyer d’urgence une délégation à Bujumbura pour rencontrer le président Nkurunziza et de presser son gouvernement pour mettre fin aux exactions des forces de sécurité et demandant à l’Union africaine, aux Nations Unies et à l’Union Européenne d’examiner attentivement la dimension régionale et d’éviter toute nouvelle déstabilisation de la région ; prie instamment la VP/HR de nouer un dialogue avec les autorités du Burundi et toutes les autres parties prenantes concernées et de soutenir, renouveler et renforcer la crédibilité de l’action de médiation régionale menée par la Communauté de l’Afrique de l’Est afin de trouver une solution durable à la crise qui respecte la Constitution, l’accord d’Arusha et le droit international relatif aux droits de l’homme à travers un dialogue ouvert et sans exclusive3.
Dix jours plus tard, le gouvernement du Burundi a organisé les manifestations au niveau national pour protester contre l’ONU et l’Union Européenne. A Bujumbura, les manifestations étaient conduites par le Maire de la ville et l’Assistant du ministre de l’intérieur et de la formation patriotique. L’Assistant du Ministre a dénoncé ce qu’il a qualifié d’ « une campagne de désinformation et de diabolisation » entretenue par la communauté internationale et a appelé la population burundaise à ne pas prêter les oreilles à ces ennemis de la nation.

Manifestations contre l’Union européenne à Bujumbura et Makamba le 28 janvier 2017

c. Manifestation contre la FIDH, Human Rights Watch, la ligue Iteka et l’office du haut-commissaire des droits de l’homme de l’ONU

En date du 15 novembre 2016, la FIDH et la Ligue Burundaise des droits de l’Homme « Iteka » ont sorti un rapport « Répression aux dynamiques génocidaires au Burundi »4.Ce rapport a été décrié par le gouvernement du Burundi accusant ces dernières organisations de propager des fausses informations arguant que la paix règne sur tout le territoire nationale5.
Deux mois plus tard, le gouvernement a appelé la population burundaise à manifester en vue de s’insurger contre de faux rapports et fausses informations contenus dans les rapports de ces deux organisations .Le rendez-vous fut fixé au 11 février 2017 au niveau national. Ce fut une occasion pour dénoncer les rapports des autres organisations que ce soit nationales ou internationales qualifiées d’ennemis de la Nation. Les discours de circonstances ont été prononcés par les administrateurs communaux pour les communes du pays et par le Maire en Mairie de Bujumbura sous la supervision de l’Assistant du Ministre de l’intérieur et de la formation patriotique.
Particulièrement en province Muyinga, les manifestations ont été l’occasion de remercier les forces de l’ordre et de sécurité et les jeunes qui ont participé dans l’action d’arrêter ceux qui sont accusés d’avoir attaqué le camp Mukoni dans la nuit du 23 au 24 janvier 2017.
A Karusi, des centaines d’Imbonerakure ont également manifesté contre les rapports des droits humains.

Des militants du CNDD-FDD protestant contre les rapports des droits humains à Karusi ( à gauche) et Bujumbura( à droite) le 11 février 2017.

3. Les manifestations organisées des associations pro-CNDD FDD

Samedi 18 février 2017, des associations proches du pouvoir dont la Ligue Izere Ntiwihebure et ONELOP-Burundi ont piloté des manifestations dites de la paix .Cette marche manifestation a été organisée au moment où les différents protagonistes de la crise burundaise se trouvaient à Arusha pour une session de dialogue inter burundais. Pendant les manifestations, les manifestants scandaient les slogans dénonçant la présence de certains leaders de l’opposition membres du CNARED à Arusha. Les noms qui revenaient souvent sont ceux d’Alexis Sinduhije, JeanMinani, Bernard Busokoza, PierreBuyoya, Pie Ntavyohanyuma, Onésime Nduwimana, Pacifique Nininahazwe et Gervais Rufyikiri. Selon la Ligue Izere, ces derniers devaient être arrêtés et emprisonnés d’autant plus qu’ils sont recherchés par la justice burundaise pour avoir participé au coup d’Etat manqué du 13 mai 2015.

En mairie de Bujumbura, le mot de circonstance a été prononcé par le Représentant
Légal de l’ONELOP-Burundi du nom de Gilbert Bécaud Njangwa en articulant sur six points :
Il a dénoncé la participation des putschistes dans les pourparlers d’Arusha car cela empiète sur la souveraineté du Burundi ;
Il a demandé au gouvernement du Burundi de refuser les résultats des négociations inter burundais d’Arusha ;
Il a demandé au gouvernement du Burundi de poursuivre en justice les organisateurs des manifestations de 2015 ainsi que les putschistes ;
Il a félicité le gouvernement pour n’avoir pas accepté de s’asseoir avec ceux qui sont poursuivis par la justice ;
Il a demandé au gouvernement de ne pas accepter d’autres personnes qui peuvent « épauler » le Président MKAPA
Il a demandé au Gouvernement de refuser l’immunité aux organisateurs des manifestations de 2015 et les putschistes parce que, selon toujours le président de l’ONELOP-BURUNDI, derrière cette immunité et le retour des leaders politiques de l’opposition, se cache la présence des policiers de l’ONU qui pourront venir pour les sécuriser.

Bien que les manifestations étaient organisées par la société civile, dans certaines provinces, les autorités politiques y ont pris part, c’est le cas de la province Gitega où le discours de circonstance été prononcé par Madame Spès Caritas Njebarikanuye, 1er vice-président du sénat. Elle a fait savoir que cette manifestation s’inscrivait dans le cadre de contester la participation de ceux que le gouvernement burundais appelle putschistes dans le dialogue inter burundais et que par conséquent les conclusions issues de ce dialogue seront nulles et de nul effet vis-à-vis du gouvernement burundais.
Que ce soit à Gitega ou Bujumbura, les slogans et les inscriptions portées sur les banderoles restent les mêmes. On peut retenir :
1. Nous disons non à l’invitation des putschistes dans le dialogue inter burundais.
2. Il faut que ces ennemis du pays soient arrêtés et punis.
3. Nous refusons énergiquement le consensus qui sera issu de ce dialogue car y participent les putschistes.
4. Nous condamnons ces malfaiteurs et ne voulons pas les voir dans le dialogue inter burundais.
5. Nous, peuple burundais, nous n’accepterons en aucun cas l’issu des pourparlers incluant les gens qui ont voulu renverser les institutions démocratiquement élues.
6. Nous protestons contre ces malfaiteurs qui n’ont aucun autre souhait que de semer la haine entre burundais : « Abenegihugu ».
7. Nous disons non au gouvernement de transition que ces ennemis du pays souhaitent : « ubutegetsi bw’amagaburanyama ».

Le caractère de ces manifestations montre à quel point le peuple est pris en otage par le parti CNDD-FDD.C’est le cas de la province Rumonge où les manifestations organisées par ladite société civile ont été annulées suite au décès naturel d’un membre de la Ligue des jeunes du CNDD-FDD du nom de Olivier Yamuremye . L’annulation du rassemblement à cause de ce décès montre à suffisance la place qu’occupent les membres de la Ligue des jeunes dans ces rassemblements.

De ces manifestations organisées par la société civile, on déduit que celle-ci n’est pas indépendante dans l’organisation de ces rassemblements d’autant plus que la plupart des fois les discours et slogans prononcés ne diffèrent en rien de ceux prononcés par le parti au pouvoir et ses acolytes.

4. Les manifestations organsinées par le Forum National des Femmes

Le 25 février 2015, les organisations féminines ont repris leur mobilisation. L’invitation lancée par le Forum au niveau national a été relayée par les gouverneurs de province. A titre illustratif, en province de Muyinga, la mobilisation a été faite par le gouverneur de province, Madame Aline MANIRABARUSHA qui a officiellement signé l’invitation.


Manifestations des femmes en commune de Mutimbuzi

A Gitega, le discours de circonstance a été prononcé par Dr Sylvie NZEYIMANA, directrice du centre Humura de Gitega qui a fait savoir que le Burundi connait la paix sur toute l’étendue et par conséquent n’a pas besoin de troupes étrangères. Elle a été appuyée par Madame Marcelline Mahwazo qui a vivement expliqué que personne ne devrait s’inquiéter car la paix règne dans tout le pays .Le point fort qui a marqué les festivités à Gitega est la présence des femmes policières en tenue policière pour manifester à côte de leurs consœurs du parti CNDD-FDD.

Manifestations des femmes de Gitega. Les policières en tenue de service y participent

5. Les conséquences des manifestations publiques sur la vie de la population

Le Burundi est classé parmi les cinq pays les plus pauvres au monde. Pourtant, il ne cesse de mobiliser sa population pour passer plus de 4 heures dans la rue afin de contester notamment des rapports des organisations ou institutions internationales ou des événements politiques qui gênent le régime. Au moment des manifestations, les boutiques, magasins et marchés sont fermés ce qui crée un manque à gagner irrécupérable. La population qui devait produire se voit embrigadée pour participer dans ces manifestations. Très souvent, on observe des lamentations des gens qui prennent part à ces manifestations sans toutefois le vouloir. Mais ils n’ont pas de choix dès lors que ces rassemblements sont organisés et coordonnés par le régime, sous la supervision directe et serrée de la milice Imbonerakure, de l’administration et de la police.
A côté des conséquences économiques, ces manifestations servent de tribune pour la vulgarisation d’un discours de la haine et des enseignements divisionnistes. Parallèlement, ceux qui ne participent pas dans ces manifestations sont étiquetés comme ennemis de la Nation.

6. Conclusion

Les manifestations organisées au Burundi violent la loi nO 1 /28 du 05 décembre 2013 portant réglementation des manifestations sur la voie publique et les réunions publiques. L’article 5 stipule que la déclaration préalable doit parvenir à l’autorité compétente au moins quatre jours ouvrables avant la tenue de la réunion ; mais on se rend compte que ces procédures ne sont plus respectées d’autant plus ce que ce sont ces autorités et les gouvernants qui les organisent. Le peuple burundais est contraint de participer dans les manifestations sans toutefois le vouloir. Des centaines, voire des milliers de personnes y participent pour sauver la peau et échapper à l’arrestation éventuelle. Le Burundi est devenu un pays de milles manifestions au moment où les autres pays de la région rivalisent dans le développement.

7. Recommandations

Le gouvernement doit :
Respecter les lois en vigueur en matière de manifestations publiques
Laisser les autres formations politiques et la société civiles exercer leur droit d’expression
Garantir la sécurité de tout le peuple burundais
Laisser la population burundaise vaquer à ses activités en toute liberté

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